Une commémoration qui se résume par des discours creux et obligés.

Il y a 31 ans, les Maliens se sacrifiaient pour l’avènement de la démocratie et du multipartisme. Plusieurs vies ont été perdues et ces personnes tombées sur le champ de l’honneur sont appelées les « martyrs de la révolution de mars 1991 ». Il s’agissait surtout d’une lutte pour la « liberté », la « justice » et l’« équité ». 30 ans après, le peuple malien s’interroge toujours : Où sont les acquis de cette lutte?

31 ans après la révolution de mars 1991qui était censée placer le Mali sur un chemin nouveau qui le mène vers un développement plus harmonieux, le Mali est toujours à la croisée des chemins. Chaque année et cela depuis longtemps, une gerbe de fleurs est déposée par le chef de l’Etat à la mémoire des victimes de cette révolution. Chaque année et cela de – puis longtemps, des dis- cours rappelant cette lutte qualifiée d’héroïque, sont prononcés par les différents acteurs. La presse, chaque fois, ne manque pas de mesurer le chemin parcouru depuis cette lutte pour l’avènement de la démocratie à nos jours. Chacun, à son niveau et à sa manière, tente de faire le bilan des 31 ans de démocratie et du
multipartisme. Chacun à son opinion sur ce bilan et ce qui est sûr les appréciations sont partagées. Mais, en 31 ans (1991 – 2022), le Mali a, quand même, subit trois coups d’Etat militaires et par trois fois, les militaires ont repris le pouvoir aux civils. A l’heure actuelle, ce sont les militaires qui dirigent le pays. Retour à la case-départ ? La question fondamentale qui se pose avec acuité est celle de savoir si le Mali avance ou recule. A Chacun des coups d’Etat militaires, faits pendant la démocratie, le peuple ou du moins, une grande partie du peuple, a acclamé les militaires et les a soutenus pendant la transition. Amadou Aya Sanogo, le tombeur du président Amadou Toumani Touré, a eu le
même soutien populaire que le colonel Assimi Goïta aujourd’hui. En 1991, quand les Maliens sont sortis dans la rue pour braver les fusils des militaires, beaucoup avaient déclaré que le pays avait beaucoup souffert pendant 23 ans de « dictature » avec le président Général Moussa Traoré. On s’était dit et c’était une convention nationale, que plus jamais le pouvoir au Mali allait se prendre et s’exercer par les armes mais avec les urnes. Le pouvoir militaire étant vu comme antidémocratique, les Maliens ou du moins une large opinion s’était montrée favorable à un pouvoir démocratique. L’autre question qu’on pourrait se poser et qu’on se pose d’ailleurs est celle de savoir si le pouvoir démocratique a autant déçu les Maliens qu’ils ne veulent plus en entendre parler et qu’ils préféreraient désormais le pouvoir militaire ? Auquel cas, il faudra analyser les causes de ce désenchantement et voir si c’est le système démocratique comme mode de gouvernance qu’il faut remettre en cause ou si le problème se situe au ni- veau des Hommes et non du système ? De toutes les manières, certains trouveront que les deux sont liés et que l’un résulte de l’autre. Mais, le nouveau régime au pouvoir au Mali, ne semble pas accorder trop d’importance à la révolution de mars 1991 et ce qui en découle. Une sortie publique de l’actuel premier Ministre, héritier de l’ex président Moussa Traoré, sur le sujet a suscité une vive réaction des acteurs du mouvement démocratique. Si Choguel ne semble pas reconnaitre le bien-fondé de cette révolution de 1991 et sa valeur-ajouté à l’avancement du Mali, ce n’est pas celui qui a signé son décret de nomination et au nom de qui il aime parler, qui dira le contraire. Aujourd’hui, sous la nouvelle transition, certaines libertés individuelles semblent être remises en cause et le discours poli- tique s’est beaucoup militarisé. Ce qui explique le manque d’enthousiasme à organiser des élections dites démocratiques pour désigner le futur dirigeant du Mali. D’ailleurs, ce sont 5 ans qui ont été initialement pro – posés pour la durée de la transition ; ce qui équivaut
à un quinquennat présidentiel selon la constitution et sans la légitimité populaire exprimée à travers les urnes. Pour tout dire, le 26 mars qui commémore la journée des martyrs se référant à la révolution de mars 1991, se résume de plus en plus par des discours creux et obligés. Une nouvelle page de l’histoire du Mali, est en train de s’écrire mais ne s’appuie pas sur ce qui s’est passé en 1991 mais plutôt prenant référence sur les évènements d’Août 2020. Les martyrs peuvent se retourner dans leur tombe, mais cela ne semble plus la principale préoccupation des nouveaux dirigeants du Mali. Pour eux, l’histoire politique du pays, s’écrit désormais en lettre A comme Assimi.

Sinaly

Source: Le Pouce

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